Communiqué de Presse : analyse et pistes d’amendements à la LPR – Sociétés savantes académiques de France (septembre 2020)

La loi de Programmation de la Recherche (LPR) sera très prochainement examinée en procédure accélérée à l’Assemblée Nationale, la semaine du 14 septembre en commission et la semaine suivante en séance plénière. 

La recherche scientifique française publique souffre depuis plusieurs décennies d’un déficit d’investissement et de reconnaissance qui détourne les jeunes des carrières scientifiques et conduit à un recul scientifique de la France sur la scène internationale. Or, pour répondre aux crises climatiques, sanitaires ou de la biodiversité, pour se saisir des défis du numérique ou de l’intelligence artificielle, ou pour garantir l’indépendance nationale dans les technologies associées, notre pays doit rester à la pointe des recherches scientifiques. Il doit aussi s’assurer que ces recherches sont accessibles aux citoyennes et aux citoyens et prises en compte par les responsables politiques. La pandémie Covid-19 illustre à la fois l’importance des sciences en temps de crise, les dérives de certaines pratiques et la nécessité de construire une relation de confiance entre les citoyen.ne.s et les scientifiques.

Le texte de la LPR était à la fois très attendu et redouté par la communauté scientifique, tant la défiance s’est installée ces dernières décennies entre le monde de la recherche et les gouvernements successifs. Malgré un investissement de 26 milliards d’euros sur 10 ans, qui peut paraître important mais ne suffira pas à atteindre l’objectif du sommet de Lisbonne de 1% du PIB dédié à la recherche publique, et certaines mesures globalement saluées, le texte a été critiqué par de nombreux acteurs du secteur pour son manque d’ambition budgétaire et politique et pour le flou du texte et de l’étude d’impact sur de nombreux points.

40 sociétés savantes, couvrant la très grande majorité des domaines de la recherche publique, s’associent à ces critiques et publient une analyse du projet de loi assortie de 24 pistes d’amendements couvrant ses 5 titres (trajectoire budgétaire, emploi scientifique, organisation de la recherche, relations sciences et société, mesure diverses). Ce document peut être téléchargé sur le site web des sociétés savantes.

Afin de sensibiliser les député.e.s à l’importance de ce projet de loi de programmation, les sociétés savantes encouragent leurs sociétaires à interpeller individuellement les parlementaires de leurs circonscription, afin de leur faire part de leur expérience personnelle et des enjeux de la LPR.

Communiqué de presse sur la certification en langues (septembre 2020)

15 associations déposent un recours au Conseil d’État contre la certification obligatoire en langue anglaise imposée dès septembre 2020 dans toutes les licences des établissements d’enseignement supérieur français

Paris, le 4 septembre 2020 : un recours a été déposé par 15 associations regroupant des étudiant·e·s, des enseignant·e·s et des chercheur·euse·s en langues contre l’arrêté du 3 avril 2020 relatif à la certification en langue anglaise pour l’obtention de la licence, car il menace l’indépendance et la gratuité des formations du supérieur, porte atteinte au plurilinguisme et ignore des travaux scientifiques du domaine.

Un décret du 3 avril 2020 conditionne l’obtention du diplôme de Licence à la simple passation d’une certification en langue anglaise – sans condition d’obtention ou de résultat – et ce, pour les tou·te·s les étudiant·e·s inscrit·e·s dans les établissements d’enseignement supérieur. Cette décision, prise de manière unilatérale par le gouvernement, reflète la méconnaissance des questions linguistiques dans l’enseignement supérieur de la part de nos dirigeant·e·s. En effet, ce décret entraînera un changement profond qui ne sera pas sans conséquence. En voici un rappel des principales :

– Une atteinte au plurilinguisme au sein des Universités par la seule obligation de l’anglais et, de ce fait, un appauvrissement des profils des étudiant·e·s en termes de langues vivantes. Il s’agit, à terme, d’une perte de compétences linguistiques. En effet, sachant que seule la certification en langue anglaise leur permettra d’obtenir le diplôme, les étudiant·e·s choisiront, tout naturellement, l’enseignement de l’anglais et délaisseront les autres langues comme l’allemand, l’espagnol, l’italien, le chinois, le russe ou encore les langues régionales.

– Le financement d’organismes privés par de l’argent public pour l’obtention d’un diplôme national public, puisque le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESRI) impose des certifications venant d’organismes certificateurs privés, sans par ailleurs spécifier un niveau de langue à valider (le MESRI exige uniquement que les étudiant·e·s « passent » la certification). Or, le coût total de cette opération s’élèvera, à terme, à 32 millions d’euros, qui devront être financés par les universités (puisque la certification sera gratuite pour les étudiant·e·s et que le MESRI se désengage du financement de la mesure qu’il a lui-même initiée). Il s’agit donc d’un gaspillage flagrant des deniers publics, d’autant plus incompréhensible que les établissements du supérieur font face à des besoins grandissants et à ce jour très insuffisamment financés.

– Le dessaisissement de la politique linguistique des Universités au profit de sociétés privées alors même que des dispositifs publics reconnus existent (par exemple, le CLES). Ce dessaisissement laisse supposer que les enseignant·e·s du supérieur (en dépit de leur expertise avérée) ne seraient donc pas compétent·e·s pour évaluer leurs étudiant·e·s en fonction des besoins de chacun·e. Ce décret ouvre ainsi un précédent inquiétant et témoigne de la méconnaissance de l’expertise scientifique développée dans le domaine des langues.

L’uniformisation des pratiques avec une seule visée certificative et utilitariste dans le mépris total de la richesse des dispositifs de formation émanant de la recherche et dans le mépris total des besoins spécifiques des étudiant·e·s. En effet, par un phénomène de bachotage, les étudiant·e·s souhaiteront avoir des cours de préparation à cette certification et l’institution fera pression pour que les enseignant·e·s en fournissent. Les besoins professionnels et/ou personnels en langue étrangère seront mis de côté pour ne préparer que des exercices spécifiques d’un test standardisé qui, faut-il encore le rappeler, n’est pas fait pour évaluer qualitativement les compétences du fait de la masse d’étudiant·e·s à tester (400 000) ! Nous posons donc la question suivante : à l’heure où le souci d’individualisation des besoins des étudiant·e·s est mis en avant par le MESRI lui-même, n’est-il pas plus pertinent d’offrir aux étudiant·e·s des enseignements de langues (dans la diversité linguistique) en relation avec leur champ disciplinaire, leurs projets personnels et leurs besoins professionnels, en leur laissant le choix de passer (ou non) la certification la plus adaptée à leurs projets et dans la langue de leur choix ? À cet égard, nous rappelons qu’il existe une Certification en Langue de l’Enseignement Supérieur (CLES), certification de qualité, adossée à la recherche en didactique des langues et financée par le MESRI.

Totalement rassemblée contre ce décret, la communauté scientifique et universitaire s’y est formellement opposée. Le MESRI a ainsi été interpellé à plusieurs reprises par de nombreux courriers d’associations, de sociétés savantes universitaires, d’hommes et de femmes politiques (en particulier des régions transfrontalières craignant une perte de compétences linguistiques pour leur région), de pétitions ou encore de Conseils d’Universités. Cependant, le MESRI a refusé tout dialogue et a publié le décret en catimini, en plein confinement, le sachant pourtant largement décrié et contesté.

Par conséquent, 15 associations nationales, non syndicales, ont décidé de déposer un recours devant le Conseil d’État afin de faire abroger ce décret :

  1. L’Association des Chercheurs et Enseignants Didacticiens des Langues Étrangères (ACEDLE) https://acedle.org/
  2.  L’Association pour le Développement de l’Enseignement de l’Allemand en France (ADEAF) https://adeaf.net/
  3. L’Association Française d’Études Américaines (AFEA) http://afea.fr/
  4. L’Association Française de Linguistique Appliquée (AFLA) http://www.afla-asso.org/
  5. L’Association Francophonie Avenir (AFRAV) https://www.francophonie-avenir.com/
  6. L’Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur (AGES) http://de.ages-info.org/fr/
  7. L’Association des Professeurs de Langues en Instituts Universitaires et Technologiques (APLIUT) https://apliut.fr/
  8. L’Association pour la Recherche en Didactique de l’Anglais de Spécialité (ARDAA) http://www.ardaa.fr/
  9. La Fédération Nationale des Associations Étudiantes Linguistes (FNAEL) https://www.fnael.org/
  10. Le Groupe d’Étude et de Recherche en Anglais Spécialité (GERAS) https://www.geras.fr/
  11. Le Groupe d’Études et de Recherche en Espagnol de Spécialité (GERES) https://www.geres-sup.com/
  12. L’Observatoire Européen du Plurilinguisme (OEP) https://www.observatoireplurilinguisme.eu/
  13. Le Rassemblement National des Centres de Langues de l’Enseignement Supérieur (RANACLES) https://www.ranacles.org/
  14. La Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES) https://saesfrance.org/
  15. La Société des Italianistes de l’Enseignement Supérieur (SIES) https://www.sies-asso.org/

Ce communiqué fait foi pour l’ensemble des associations et n’engage que celles citées ci-dessus. Toute communication en dehors des membres de l’association devra faire référence au communiqué.

Tribune sur la LPPR dans Le Monde signée par la SAES (mars 2020)
03/03/20 : Comme vous le savez la SAES a été signataire d’une tribune publiée dans Le Monde le 14 janvier 2020 à propos de la LPPR. Suite à cette publication, une délégation des Sociétés savantes a été reçue par Philippe Baptiste (cabinet du Premier ministre) et Gilles Roussel (CPU). Philippe Baptiste est Conseiller chef du pôle éducation, enseignement supérieur, jeunesse et sports au Cabinet du Premier Ministre. Vous trouverez ici les comptes rendus des deux entretiens, rédigés par les membres de cette délégation.
03/03/2 : le décret pour les contrats de projet dans la Fonction Publique vient d’être publié (et il ne fait pas mention de CDI).