Colloque international organisé par les équipes de recherche ICD (Interactions culturelles et discursives – EA 6297) et IRJI François Rabelais (Institut de Recherche Juridique Interdisciplinaire – EA 7496) de l’Université de Tours

Tours, 19-20 novembre 2020

Date limite de téléchargement des propositions de communication sur <neoliberalismes-Reagan-Thatcher.sciencesconf.org> : 1er mai 2020

« Le néolibéralisme » est souvent associé aux politiques économiques appliquées au Royaume-Uni (RU), sous l’autorité de la Première ministre Margaret Thatcher, et aux États-Unis (EU), sous celle du Président Ronald Reagan. Le 4 mai dernier, quarante années se sont écoulées depuis la première élection au pouvoir de Margaret Thatcher et le début de ce qui est toujours présenté aujourd’hui comme le tournant néolibéral anglo-saxon. Le recul paraît suffisant pour mener une nouvelle analyse de l’ancrage de ce tournant dans l’histoire, du point de vue de ses origines comme de celui de l’héritage qu’il a laissé, et pour remettre en perspective ce qui fut décrit à l’époque, de part et d’autre de l’Atlantique, comme « une révolution conservatrice ».

La première ambition du colloque est donc de situer les néolibéralismes économiques, juridiques et politiques développés au RU et aux EU dans les années 1980 par rapport aux divers concepts philosophiques, historiques, sociologiques, politiques, juridiques et économiques dont ils se sont réclamés (ou non), l’idée étant de comprendre ce qui les a liés dans un paradigme/modèle anglo-américain.

Cela nous amène à remonter le temps vers d’autres formes de libéralisme. Considérer, par exemple, le « libéralisme du New Deal », appliqué aux EU dans les années 1930 par le Président américain Franklin Delano Roosevelt, et qui proposait une conception dynamique des droits fondamentaux que seul un État fédéral fort pouvait garantir, nous interpelle quant à la réappropriation idéologico-lexicale ingénieuse du terme « libéral ». Une réflexion pluridisciplinaire émerge alors sur le paradoxe du « laisser-faire » imposé par l’État et, partant, sur la place et le rôle exacts de l’État dans le néolibéralisme Reagano-Thatchérien. 

D’un point de vue économique – mais non monétaire, exception notable caractéristique du néolibéralisme Thatchérien – la fin des années 1970 a été marquée, aux EU et au RU, par un profond mouvement de déréglementation initié par les gouvernements dans de nombreux secteurs comme l’énergie, le transport, le commerce extérieur et, surtout, le secteur financier. Cette déréglementation interroge quant au dogme qui l’accompagne et selon lequel déréglementation, compétitivité, croissance et stabilité ne font qu’un. L’exemple du secteur bancaire et financier, notamment, offre un cadre d’analyse propice à une réflexion globale sur les fondements et les conséquences du libéralisme. Non seulement la déréglementation financière anglo-américaine des années 1980 s’est progressivement propagée dans le reste du monde, apparaissant comme une nécessaire adaptation des structures financières de l’économie aux besoins de financement des systèmes productifs modernes, mais elle est encadrée des deux plus grandes crises financières que notre histoire ait connues, en 1929 et en 2008.

La seconde ambition du colloque est en effet d’analyser la portée de l’essaimage du néolibéralisme Reagano-Thatchérien. Il s’agit, d’une part, d’explorer la question de l’héritage laissé au RU comme aux EU et, d’autre part, d’observer la réception du paradigme/modèle hors des frontières, dans les Amériques et en Europe (États européens et Union européenne – UE), qu’elle soit sous forme d’acceptation ou de rejet. On s’interrogera notamment sur la notion de transferts transnationaux par le biais de la circulation d’idées, le rôle des think tanks et la place de la Société du Mont-Pèlerin en complétant des analyses récentes qui s’ancrent dans des perspectives et méthodologies transnationales.

L’UE, dans son ensemble, est le théâtre d’une certaine transformation juridique, comme l’illustre l’ouverture à la concurrence des industries de réseau au tournant des années 1990 initiée par la Commission européenne. Cette transformation juridique se réclame peu ou prou du (néo)libéralisme et/ou de techniques de « gouvernance » issues du monde entrepreneurial. Dans cette perspective, il s’agira d’envisager non seulement les origines et particularités de cette « gouvernance  », mais également l’impact de cette dernière sur la manière de fabriquer du droit et sur le droit qui en résulte au niveau de l’UE. Plus largement, l’articulation, au niveau des Institutions européennes, entre le libéralisme à l’anglo-saxonne et l’ordolibéralisme antérieur d’origine allemande sera interrogée. Quelles ont pu être les concrétisations politiques, juridiques ou économiques de l’ordolibéralisme au niveau européen et dans quelle mesure ces manifestations ont-elles pu être confortées, ou au contraire remises en cause, sous l’influence du néolibéralisme anglo-américain?

Il conviendra ainsi d’apporter un éclairage scientifique sur les tourments du présent, afin de contribuer aux débats nationaux et européens qui interrogent le paradigme du libéralisme social et le penchant au nationalisme et au protectionnisme.

La problématique globale du colloque s’articule autour de trois questions fondamentales : 

  • En quoi est-il possible de parler de paradigme/modèle de néolibéralisme anglo-américain ?
  • Quelles sont les racines visibles et invisibles de ce paradigme/modèle ?
  • Quel est l’héritage laissé par ce paradigme/modèle dans les deux pays concernés et qu’en est-il d’une transmission de ce paradigme/modèle à l’échelle globale ?

Sous l’angle économique, pourront être explorées les relations entre néolibéralisme et libéralisation à travers un questionnement autour de la convergence vers un modèle/paradigme unique :

  • des structures financières et des modalités de financement (relation entre financiarisation et marchéisation de l’économie)
  • des formes d’organisation des systèmes bancaires et des marchés financiers
  • des formes institutionnelles de la politique monétaire
  • des politiques économiques et du rôle des finances publiques
  • du dimensionnement secteur public/secteur privé et privatisation
  • des flux économiques et du commerce international
  • des formes de gouvernement d’entreprises…

Sous l’angle juridique, les thématiques suivantes pourront être utilement abordées :

  • le droit comme moyen aux fins d’un projet libéral
  • un/des droits (néo)libéraux ? – ou les éléments juridiques de définition du (néo)libéralisme
  • la place du droit dans le projet ordolibéral
  • l’attractivité et l’essaimage du système juridique anglo-saxon
  • les résistances et/ou adaptations des systèmes juridiques anglo-saxons et continentaux face au néolibéralisme
  • les particularités juridiques du New Public Management ; l’influence du NPM sur le droit français
  • l’influence du néolibéralisme sur les droits et libertés fondamentaux
  • le rôle des juges (nationaux et/ou européens) dans la conciliation des droits et libertés fondamentaux

Plus généralement, les contributions portant sur les thématiques suivantes seront appréciées :

  • le passage du libéralisme au néolibéralisme
  • l’articulation entre libéralisme politique, économique et juridique
  • les points de divergence et convergence entre ordolibéralisme et néolibéralisme en général et dans les politiques publiques de l’UE en particulier
  • la critique du modèle (néo)libéral

Bibliographie indicative

Adonis, Andrew & Tim Hames (eds.), A Conservative Revolution? Thatcher-Reagan Decade in Perspective, Manchester University Press, 1994.

Askenazy, Philippe, Emploi et croissance. Les décennies aveugles (1970-2014), Paris : Points, 2014

Bauer, Michael W., Stefan Becker, Olivier Costa et alii., La gouvernance européenne, Paris : Seuil, 2014

Bell, Jonathan & Timothy Stanley, Making Sense of American Liberalism, Chicago : University of Illinois Press, 2014

Bottini, Fabien (dir.), Néolibéralisme et droit public, Paris : Mare et Martin, 2017

Bottini, Fabien (dir.), Néolibéralisme et américanisation du droit, Paris : Mare et Martin, 2019

Commun, Patricia (dir.), Les ordolibéraux histoire d’un libéralisme à l’allemande, Paris : Les Belles Lettres, 2016

Fawcett, Edmund, Liberalism, The Life of an Idea, Princeton University Press, 2014

Grange, Juliette, Les néo-conservateurs, Paris : Pocket, 2017

Hansen, Per H., « From Finance Capitalism to Financialization: A Cultural and Narrative Perspective on 150 Years of Financial History », Enterprise & Society, Vol. 15, No. 4, December 2014, pp. 605-642

Hofstadter, Richard, American Political Tradition and the Men Who Made It, New York: A. A. Knopf, 1948.

Laval, Christian, Foucault, Bourdieu et la question néolibérale, Paris : La Découverte, 2018

Ledger, Robert, Neoliberal Thought and Thatcherism: ‘A Transition from here to There?’, New York/London : Routledge, 2017

Mirowski, Philip, Never Let a Serious Crisis Go To Waste: How Neoliberalism Survived the Financial Meltdown, London: Verso Books, 2014

Ryan, Alan, The Making of Modern Liberalism, Princeton University Press, 2012

Sarimehmet Duman, Özgün, « Consolidating Neoliberalism through Privatisation: The Case of the EU after the Eurozone Crisis », Uluslararası İlişkiler / International Relations, Vol. 16, No. 63, 2019, pp. 105-118

Steadman Jones, Daniel, Masters of the Universe (Hayek, Friedman and the Birth of Neoliberal Politics), Princeton University Press, 2012

Stein, Judith, Pivotal Decade: How the United States Traded Factories for Finance in the Seventies, Yale University Press, 2011

Instructions pour la soumission des propositions :

Les langues de travail retenues sont le français et l’anglais ; une traduction simultanée sera assurée lors du colloque.

Les formulaires des propositions de communication individuelle seront à renseigner à partir du lien suivant opérationnel à partir du 1er avril 2020 :

neoliberalismes-Reagan-Thatcher.sciencesconf.org

Les propositions seront examinées en double aveugle par les membres du comité scientifique présenté ci-dessous.

Calendrier :

Soumission en ligne des propositions : du 1er avril au 1er mai 2020

Notification de l’acceptation / du refus des propositions : 1er juillet 2020

Date limite d’envoi des textes des communications : 1er novembre 2020

Si la proposition est acceptée, le formulaire de proposition de communication sera utilisé pour réaliser les brochures papier et électroniques du colloque.

Nous attirons votre attention sur le fait que les frais de transport et d’hébergement (hors déjeuners et dîners prévus au programme) restent à la charge des communicants qui auront été sélectionnés.

Les organisateurs prévoient de proposer à la publication les travaux présentés lors de ce colloque, en langue française sous forme d’actes de colloque ou en langue anglaise sous forme de monographie publiée par un éditeur étranger.

Comité local d’organisation du colloque :

Castet Anthony, MCF Études anglophones – Civilisation américaine, ICD

Champroux Nathalie A., PU Études anglophones – Civilisation britannique, ICD

Chommeloux Alexis, MCF Études anglophones – Civilisation britannique, ICD, Doyen de la Faculté de Lettres et Langues

Damiens Audrey, MCF en Droit privé, IRJI François Rabelais

Josso Selma, MCF en Droit public, IRJI François Rabelais

Levy Nathalie, MCF en Sciences économiques, IRJI François Rabelais

Porion Stéphane, MCF en Études anglophones – Civilisation britannique, ICD

Comité de programmation scientifique :

Avril Emmanuelle, Professeure en Études anglophones – Civilisation britannique à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 (Section CNU 11)

Barbé Vanessa, Professeure de Droit public à l’Université de Valenciennes (Section CNU 02)

Bell Emma, Professeure en Études anglophones – Civilisation britannique à l’Université de Savoie Mont-Blanc (Section CNU 11)

Boeïck Marcus, Enseignant chercheur en Histoire contemporaine, Université de la Ruhr, Bochum, Allemagne

Carè Rosella, Maîtresse de conférences en Sciences de gestion à l’Université de Cagliari, Italie

Collomb Jean-Daniel, Professeur en Études anglophones – Civilisation américaine à l’Université Grenoble Alpes (Section CNU 11)

Commun Patricia, Professeure en Études germaniques à l’Université Cergy-Pontoise (Section CNU 12)

Coste Françoise, Professeure en Études anglophones – Civilisation américaine à l’Université Toulouse-Jean Jaurès (Section CNU 11)

Delteil Violaine, Maîtresse de conférences en Sciences économiques à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 (Section CNU 05)

Esposito Marie-Claude, Professeure émérite en Études anglophones – Civilisation britannique à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 (Section CNU 11)

Lenormand Marc, Maître de conférences en Études anglophones – Civilisation britannique à l’Université Paul Valéry de Montpellier (Section CNU 11)

Lessay Franck, Professeur émérite en Études anglophones – Civilisation britannique à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 (Section CNU 11)

Manigand Christine, Professeure d’Histoire contemporaine à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 (Section CNU 22)

Mort Sébastien, Maître de conférences en Études anglophones – Civilisation américaine à l’Université de Lorraine (Section CNU 11)

Plichon Véronique, Professeure en Sciences de Gestion à l’Université de Tours (Section CNU 06)

Richomme Olivier, Maître de conférences HDR en Études anglophones – Civilisation américaine à l’Université Lumière Lyon 2 (Section CNU 11)

Rousseau Dominique, Professeur agrégé de Droit public à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne (Section CNU 02)

Ruiz Jean-Marie, Maître de conférences en Études anglophones – Civilisation américaine à l’Université de Savoie Mont-Blanc (Section CNU 11)

Sauvêtre Pierre, Maître de conférences en Sociologie à l’Université Paris Nanterre (Section CNU 19)

Tricou Fabrice, Maître de Conférences HDR en Sciences économiques à l’Université de Paris Nanterre (Section CNU 05)

Vervaecke Philippe, Professeur en Études anglophones – Civilisation britannique à l’Université de Lille (Section CNU 11)

Viala Alexandre, Professeur agrégé de Droit public à l’Université Montpellier I et Professeur associé de l’Université Senghor d’Alexandrie (Egypte) (Section CNU 02)

Whitton Timothy, Professeur en Études anglophones – Civilisation britannique à l’Université Clermont Auvergne (Section CNU 11)