Etat des lieux par Albert Hamm.

Une enquête menée en concertation avec Paul Volsik, Vice-président de la SAES en charge de la recherche, au moyen d’un questionnaire envoyé par la messagerie électronique, a permis de recueillir 34 réponses en mars et avril 2006 et d’identifier une quarantaine de publications actives. Ce décompte provisoire est à comparer avec le catalogue établi en 1994 par Jean Marie Maguin et Louis Roux (« Catalogue descriptif des périodiques français d’études anglaises et américaines », Répertoire 4/1994, Univ. Montpellier 3, 95 p), qui recensait et décrivait 45 périodiques français d’études anglaises et américaines. Une quinzaine seulement des titres identifiés alors se retrouvent dans notre enquête, cet écart témoignant de selon nous de la profonde mutation du secteur des périodiques : disparitions et créations ou re-créations de revues, changements de noms et de politiques éditoriales, édition électronique, etc. Si bien que l’on peut estimer à une cinquantaine les revues des anglicistes en France.

On signalera également une initiative de ESSE, visant à la constitution d’une base de données qui devrait compter de 500 à 700 revues d’anglicistes en Europe. A titre de comparaison, une première liste établie par Sara Martin Alegre de l’Université Autonome de Barcelone recense 35 revues spécialisées pour l’Espagne (ADEAN :http://www.aedean.org).

C’est donc un inventaire provisoire et partiel qui a été présenté à la table ronde de Nantes, en introduction à un débat sur les choix politiques, scientifiques, techniques et financiers des publications. La question a également été posée de la contribution que pourrait apporter la SAES à l’amélioration collective du niveau de qualité des revues des anglicistes en France, à une meilleure identification des publics, et à une meilleure connaissance par les auteurs d’articles des supports de diffusion les plus adéquats.

Les réponses au questionnaire reflètent la grande diversité des revues des anglicistes : coexistence de revues spécialisées (Etudes Irlandaises) et de revues destinées à un public très larges (Les Langues Modernes), de titres de création récente (Alsic) et de titres anciens (centenaire des Langues Modernes). Coexistence aussi de revues ‘papier’, publiées et diffusées par des éditeurs (Etudes Anglaises,Klincksieck/Les Belles lettres), et de revues ‘en ligne’, réalisées parfois principalement par des étudiants (Anglow), et diffusées sur un site universitaire De la même manière, des politiques éditoriales comparables peuvent déboucher aussi bien sur une revue (ASp, la revue du Geras) que sur une collection (Racisme et Eugénisme, L’Harmattan).

L’analyse des réponses recueillies pour les principales variables permet d’identifier tendances dominantes et évolutions. Ainsi, la périodicité des revues est principalement semestrielle (50%), et pour le reste annuelle (25%) ou variable (25%) ; le mode de diffusion étant également réparti entre le support papier (1/3), complété souvent par un site internet présentant sommaires et/ou résumés, la publication exclusive en ligne (1/3), et la coexistence de publications ‘papier’ et ‘électronique’ (1/3) selon des modalités très variées. Il semble que c’est cette dernière solution qui pourrait devenir majoritaire à moyen terme. Même diversité en matière de rattachement administratif : 1/3 des publications relèvent de la responsabilité d’équipes de recherches, d’écoles doctorales ou de conseils scientifiques, 1/3 se réclament d’un statut associatif, le tiers restant présentant des rattachements variés : interuniversitaire, UFR, département, société ‘fille’ de la SAES, etc. En matière de pilotage, les réponses recueillies font état de l’existence d’un comité scientifique et/ou d’un comité de lecture pour plus de 60% des revues, la proportion de membres étrangers dans ces instances pouvant varier de 0 à 60%.

S’agissant des paramètres techniques, financiers et éditoriaux, l’enquête témoigne des mêmes contrastes. La diffusion ‘papier’ varie, selon les revues, entre 50 et 3000 exemplaires par numéro, la moyenne pouvant s’établir autour de 200-250 exemplaires ; la diffusion ‘électronique’ n’a pu être évaluée de la même façon, faute de comparabilité des indications fournies (nombre de connexions par mois, par numéro, cumulées, etc.). La réalisation des revues ‘papier’ est assurée pour l’essentiel par des enseignants-chercheurs, assistés parfois par un personnel administratif ou technique, l’impression étant confiée soit à une imprimerie ou des presses universitaires, soit à des prestataires extérieurs. La mise en ligne est elle aussi le plus souvent le fait de collègues, avec l’aide dans certains cas de personnels (webmestre, ingénieur rattaché à l’équipe, etc.) ; la séparation ‘classique’ (souhaitable ?) des fonctions et des métiers restant l’exception. Le financement est trouvé auprès de sources très diverses (équipes, associations, conseils, subventions externes, etc.), la part couverte par la diffusion payante représentant entre 30% et 100% du budget. Enfin, les revues se réclament en majorité d’une politique de numéros thématiques, fondés sur des colloques et séminaires ou des appels d’offres, et seulement un tiers d’entre elles acceptent des articles soumis spontanément. Le cadre juridique est souvent mal maîtrisé, dans la mesure où le tiers des revues relève d’un régime de cession implicite des droits par les auteurs, alors qu’un second tiers a introduit des dispositions explicites (contrats d’auteurs, droits pour la mise en ligne, droits en cas de réédition ou de vente d’articles, etc.), le tiers restant ayant évité de répondre à cette question.

Les discussions, aussi bien que les réactions sollicitées à travers les questions ouvertes proposées au cours de l’enquête, témoignent d’un attachement fort au maintien d’une version ‘papier’ et du souhait d’une réflexion commune sur les modalités de la coexistence et de la complémentarité de celle-ci avec une version ‘électronique’, ainsi que sur les possibilités nouvelles offertes aux auteurs par cette dernière. Les demandes portent également sur la réalisation d’une page des revues sur le site de la SAES, offrant des indications normalisées, régulièrement mises à jour par les responsables des publications, et des liens avec chacune des revues (l’élargissement au niveau européen d’un tel dispositif est également accueilli favorablement). S’y ajoute un besoin de concertation en matière de politiques de publication et le souhait de voir circuler des exemples de bonnes pratiques (sites, logiciels, aspects juridiques notamment), par exemple par le biais d’un forum de discussion et/ou d’une journée d’échanges d’expériences (aspects juridiques, techniques, politiques des universités et contractualisation, etc.). La volonté est également exprimée d’une élévation collective du niveau de qualité et de visibilité des revues des anglicistes en France.

A la fin de la réunion les participants ont envisagé deux pistes prioritaires :

a) L’organisation d’une journée de formation et de réflexion pour les responsables de revues qui envisageraient de passer (en partie ou en totalité) à une publication sous forme électronique – avec participation, si possible, de membres du CNU et du CNRS.

b) La remise à jour, dans le dossier « publications » du site de la SAES, de la liste des revues d’études anglophones qui y figure . Parallèlement la mise en place d’un fichier vade-mecum où figureraient, par exemple, des informations sur la vente d’articles, des modèles de contrats auteurs, des liens vers des sites particulièrement pertinents, des informations sur les priorités du Ministère en ce qui concerne la labellisation de la qualité, etc. C’est Albert Hamm (hamm@umb.u-strasbg.fr) qui pourrait être le « webmaster » de ce vade mecum, le modifiant en fonction des questions et des suggestions des membres.

Albert Hamm