Appel à communications

Le détective en famille

Journée d’études organisée par l’EA 4182 TIL (Université de Bourgogne-Franche-Comté)

Le vendredi 2 mars 2018

 

 

Dans le cadre de notre projet de recherche sur le détective récurrent dans la littérature, nous organisons une journée d’études sur la vie familiale du détective, afin de mesurer l’impact de cette irruption de l’intime au cœur de l’univers du roman policier.

Nous entendons « détective » dans son acception la plus large, c’est-à-dire celle d’un personnage chargé d’une enquête, qu’il soit membre de la police ou détective privé, et nous nous intéresserons à tout type de « detective story » au sens où le définit Hagen : « Detective story : one in which a detective or detectives solve the crime. »

Lorsque l’on cherche à classer les différents types de roman policier, on oppose souvent, comme le faisait Todorov, le roman à énigme et le roman noir, arguant que l’un se situe le plus souvent dans le cadre confortable du bureau du détective quand l’autre entraîne celui-ci dans les bas-fonds de la société et permet une peinture sociale. Même Binyon, dans une classification des types de détective qui se veut assez exhaustive, n’aborde quasiment pas la question de la famille. Pourtant, que ce soit dans l’un ou l’autre type de roman policier, l’arrière-plan familial joue souvent un rôle essentiel dans la création d’un personnage de série, et les lecteurs suivent avec autant d’intérêt l’intrigue familiale déployée d’un volume à l’autre que l’intrigue policière qui caractérise le genre. A tel point que parfois, la dimension familiale prend le pas sur la résolution de l’énigme : comme dans le cas des séries télévisées, les lecteurs fidèles attendent le prochain épisode afin de connaître l’évolution des relations entre le personnage principal et sa famille. On pense par exemple à l’irruption d’un fils caché dans la vie du commissaire Adamsberg créé par Fred Vargas (Un Lieu incertain) et à l’évolution de leurs relations, ou bien encore à la vie amoureuse, puis familiale, de l’inspecteur Lynley d’Elizabeth George et au drame qui touche la famille dans les toutes dernières pages de With No One As Witness.

Il y a donc bien dans le « detective novel » à héros récurrent un plaisir de la répétition (voir Anderson, Miranda et Pezzoti, 1-7), et un plaisir de la familiarité, comme le soulignait Umberto Eco, dans « Innovation et répétition : entre esthétique moderne et post-moderne » : jouant sur l’ « immuabilité » de l’intrigue, l’auteur d’un roman à héros récurrent « joue en outre sur une série continue de connotations (par exemples les particularités du détective et de son entourage immédiat), à tel point que leur réapparition dans chaque histoire représente une condition essentielle du plaisir de la lire. (…) Ces traits familiers aident à « entrer » dans le récit » (12).

Du familier à la famille, il n’y a qu’un pas. On pourra ainsi envisager toutes les configurations familiales possibles, depuis le célibat recherché ou imposé par le départ d’un.e conjoint.e excédé.e (Benny Griessel dans les romans de Deon Meyer), jusqu’à la famille bien installée, où les enfants grandissent d’un roman à l’autre (l’inspecteur Wexford de Ruth Rendell).

Cette journée d’étude permettra de réfléchir au rôle joué par la famille du détective récurrent dans l’économie du roman policier, en abordant plusieurs pistes possibles :

– le couple

– les enfants/parents

– la famille recomposée/élargie

– la famille victime ou coupable

– l’absence de famille

– la famille et le passé

– les divorces

– les contraintes familiales

– les détectives qui forment un couple (privé et/ou professionnel)

– stabilité ou évolution

Toutes les approches littéraires seront prises en compte.

 

Merci d’envoyer un court résumé ainsi qu’une bio-bibliographie à Sylvie.Crinquand@u-bourgogne.fr ou Melanie.Joseph-Vilain@u-bourgogne.fr avant le 31 octobre 2017.

 

Anderson, Jean, Caroline Miranda et Barbara Pezzoti (2015). « Introduction ». Serial Crime Fiction. Dying for More. Basingstoke and New York: Palgrave Macmillan.

Binyon, T. J. (1989). ‘Murder Will Out.’ The Detective in Fiction from Poe to the Present. London, Faber and Faber.

Eco, Umberto (1994). « Innovation et répétition : entre esthétique moderne et post-moderne. » Réseaux, volume 12, n°68, « Les théories de la réception ». pp. 9-26. Trad. M.-C. Gamberini.

George, Elizabeth (2005). With No One As Witness. London: Hodder and Stoughton.

Hagen, Ordean A (1969). Who Done it: Encyclopedic Guide to Detective, Mystery and Suspense Fiction. New York: R. R. Bowker.

Todorov, Tzvetan (1980). Poétique de la prose (choix) suivi de Nouvelles recherches sur le récit. Paris: Seuil.

Vargas, Fred (2008). Un Lieu incertain. Paris : Viviane Hamy.