Le discours des « Fleuves de sang » [1] un demi-siècle plus tard : l’influence d’Enoch Powell sur le débat britannique en matière raciale et de politique d’immigration (1968-2018).

Colloque international, Université de Lille (LEA Roubaix / Sciences-Po Lille), 25-26 janvier 2018.

 

Conférenciers invités : Baroness Usha Prashar (House of Lords), Matthew Goodwin (University of Kent), et Camilla Schofield (East Anglia University).

 

 

Enoch Powell prononça son discours des « Fleuves de sang » le 20 avril 1968 à Birmingham, bien décidé, pour reprendre ses propres termes, à « en faire une sorte de fusée, mais qui resterait en orbite pendant très longtemps ». Ce discours mit fin, de manière abrupte, au consensus politique sur l’immigration, et plaça Powell au centre de l’attention politique. De fait, ce dernier contribua de manière décisive à une nationalisation du discours de type White Backlash, dans un pays, la Grande-Bretagne, où ses manifestations politiques ou infra-politiques principales étaient restées cantonnées à l’échelon local jusqu’alors (Notting Hill, Smethwick et les West Midlands, Southall , etc.).

 

Pour certains, à l’image de son biographe Robert Shepherd, « Du jour au lendemain, Powell fut érigé au rang de héros populaire pour certains, alors que d’autres en firent une sorte de figure repoussoir » (2008). En effet, pour Paul Foot, qui comptait parmi ses détracteurs, « Enoch Powell était un salaud de raciste de la pire espèce » (1998). Pour Edward Heath, ses idées « illustraient la capacité de l’être humain à se montrer inhumain à l’égard de ses semblables, ce que l’on ne saurait tolérer dans une société chrétienne » (1970). Néanmoins, après son discours, et même s’il fut frappé d’ostracisme politique, il continua d’exercer une influence profonde sur certains conservateurs et sur la droite radicale, à tel point que son fantôme n’a cessé de hanter de nombreux débats sur l’immigration et l’intégration des minorités.

 

2018 marquera le 50ème anniversaire du discours des « Fleuves de sang », et nous pensons que le temps est venu de procéder à un inventaire de l’héritage politique d’Enoch Powell en matière d’intégration et d’immigration en Grande-Bretagne, depuis ce jours d’avril 1968 où il déclencha une polémique sans précédent depuis 1945. Même si Powell a publié ou exprimé de nombreuses opinions sur des thèmes tels que l’Europe, l’Irlande du Nord, le libéralisme économique, etc., la question raciale en Grande-Bretagne sera au cœur de ce colloque international.

 

Nous serions très heureux de recevoir des propositions de communication portant sur les thématiques suivantes :

 

* l’influence actuelle de Powell sur le débat britannique en matière d’immigration, notamment, mais pas seulement, à droite de l’échiquier politique ;

* Powell et le ‘White Backlash’ : la manière dont sa rhétorique de stigmatisation et la façon dont le Powellisme lui-même ont influencé la perception dominante des questions d’intégration et d’immigration, à la fois dans les années 1960 et jusqu’à aujourd’hui ;

* La manière dont les associations et les autorités en charge de promouvoir « l’harmonie entre communautés », les « bonnes relations raciales » ou de combattre le racisme ont appréhendé et se sont mobilisées contre la menace incarnée par Powell. On pense ici tout particulièrement au Runnymede Trust, au Race Relations Board / Commission for Racial Equality, à la Community Relations Commission, etc…

* Powell et le Parti conservateur : l’ambivalence du parti à l’égard de ses idées, qui hésite/a hésité entre rejet ou recyclage de sa rhétorique ;

* Invoquer la mémoire de Powell : la manière dont la montée en puissance du B.N.P et du U.K.I.P depuis 2000 a pu être liée à une instrumentalisation de la figure de Powell ;

* La mobilisation contre Powell à gauche : la façon dont Powell a été érigé en épouvantail politique censé représenter le Parti conservateur dans son entier ;

* Powell, l’Empire britannique et le post-colonialisme ;

* Powell et la politique locale : la façon dont la menace incarnée par Powell a été perçue à l’échelon local, notamment dans des zones où la composante « Nouveau Commonwealth » (Caraïbes, Inde, Pakistan, Bangladesh) de la société britannique est fortement représentée (West Midlands, Lambeth, Southall, Bradford, Leicester, etc.) ;

* Le « sens commun » et le racisme : la manière dont ce qui semble relever du « sens commun » politique et démographique chez Powell a pu être brandi dans le but de contrer toute accusation de racisme.

 

Les propositions de communications en anglais sont à envoyer à : olivier.esteves@univ-lille3.fr (CERAPS – UMR 8026) et stephane.porion@univ-tours.fr (ICD – EA 6297)

Date butoir pour l’envoi des propositions : 1er septembre 2017.

Réponse fournie aux collègues ayant envoyé des propositions avant le 1er octobre 2017.

 

Date butoir pour l’envoi des communications complètes avant publication : 1er mars 2018.

L’objectif est de publier une sélection des communications en version bilingue français / anglais, dans deux revues scientifiques distinctes.

 

 

Conseil scientifique

Stéphane Porion, Université de Tours.

Olivier Esteves, Université de Lille.

Nonna Mayer, Sciences-Po Paris.

Audrey Célestine, Université de Lille / Institut Universitaire de France.

Philippe Vervaecke, Université de Lille.

Brett Bebber, Old Dominion University (Virginia).

Camilla Schofield, East Anglia University

Claire Charlot, Université de Paris-4 (Sorbonne).

Darrel Newton, Salisbury University (Maryland).

Baroness Usha Prashar, House of Lords.

[1] Les guillemets s’imposent sans doute, car l’expression n’est pas utilisée telle quelle dans le discours, et les défenseurs autant que les détracteurs de Powell se défient de cette estampille. Pourtant, c’est bien la manière dont le discours est passé à la postérité.

English version:

The “Rivers of Blood” [1] speech fifty years after: Powell’s ongoing influence on the British race and immigration debate (1968-2018)

 

 

 

Powell delivered his “Rivers of Blood” speech on April, 20, 1968, in Birmingham, determined, in his own words, to “make it go up like a rocket that would stay up in the stars for a long time”. It brought an abrupt end to the political consensus on immigration, putting Powell in the limelight. Indeed, Powell powerfully contributed to a nationalisation of “White Backlash” discourse, in a country where its political or infra-political manifestations had hitherto been very local in nature (Notting Hill, Smethwick and the West Midlands, Southall, etc.).

 

For some, like his biographer Robert Shepherd, “overnight, Powell was transformed into a folk-hero for many, and a hate-figure for others” (2008). Indeed, for Paul Foot, one of his detractors, “Enoch Powell was a racist pig of the most despicable variety” (1998). For Edward Heath, his ideas were “an example of man’s inhumanity to man which is absolutely intolerable in a Christian civilized society” (1970). Following the speech, even though he was rapidly ostracized from mainstream British politics, he continued to exert a deep-seated influence on some Conservatives and the radical Right, his ghost looming over many debates on immigration and race relations.

 

2018 will coincide with the 50th anniversary of the (in)famous “River of Blood” speech and we believe it is a suitable time to re-examine the political legacy of Enoch Powell in the area of race and immigration in Britain since he blew his rocket on that day of April 1968. Although Powell has published and expressed many viewpoints on issues such as Europe, Northern Ireland, free market ideas, etc…the focus of this international conference will clearly be on race relation issues.

 

Most welcome would be papers on the following issues:

* The ongoing influence of Powell on the British political debate on immigration, not least at the right of the political spectrum;

* Powell and “White Backlash”: the way his racialist rhetoric and Powellism more generally have influenced popular perception of race relation issues and immigration, both in the late 1960s and since then;

* How organisations and the bureaucracy involved in promoting “community harmony” or “good race relations”, or in combating racism made sense of and mobilised against the threat of Powellism; i. e. The Runnymede Trust, The Race Relations Board / Commission for Racial Equality, The Community Relations Commission, etc.;

* Powell and the Conservative Party: the ambivalent reception of his ideas on the party, between recycling and rejecting;

* Harnessing the memory of Powell: the extent to which the electoral upsurge of the BNP and UKIP since 2000 have instrumentalized Powell’s figure;

*The way some on the left have mobilised against Powell to make him into a political scarecrow allegedly embodying the Conservative Party as a whole;

*Powell, the British Empire and post-colonialism;

* Powell and local politics: how Powell’s threat was appraised at local level, especially in areas accommodating large New Commonwealth communities (West Midlands, Lambeth, Southall, Bradford, Leicester, etc.).

*Common-sense and racism: the way Powell’s seeming political and demographic common sense has been used to stave off accusations of racialism / racism.

 

Proposals in English must be sent to olivier.esteves@univ-lille3.fr (research team CERAPS – UMR 8026) and stephane.porion@univ-tours.fr ( research team ICD – EA 6297).

  • Deadline for submitting proposals : September 1st 2017
  • Selection of contributions : October 1st 2017
  • Deadline for submitting final papers : March 1st 2018

A selection of the conference papers will then be published in 2018, probably in two distinct academic journals, one in French, the other one in English.

 

Scientific committee

Stéphane Porion, Université de Tours.

Olivier Esteves, Université de Lille.

Nonna Mayer, Sciences-Po Paris.

Audrey Célestine, Université de Lille / Institut Universitaire de France.

Philippe Vervaecke, Université de Lille.

Brett Bebber, Old Dominion University (Virginia).

Camilla Schofield, East Anglia University

Claire Charlot, Université de Paris-4 (Sorbonne).

Darrel Newton, Salisbury University (Maryland).

Baroness Usha Prashar, House of Lords.

[1] The inverted commas are probably mandatory here, since some advocates as well as critics of Powell lament the fact that this speech is always remembered with this title, one reason being that the phrase is never actually pronounced in the speech itself.